MA VISION DE L’EUROPE avant mon arrivée
4 March 2008Je dois d’abord dire que je suis originairement de nationalité rwandaise et que j’ai dû quitter mon pays natal après la guerre et les massacres, qualifiés de génocide, de 1990 à 1994. Je n’entends évidemment pas revenir sur ces massacres étant donné qu’ils ont été commis aux yeux du monde entier sans que personne ne daigne intervenir pour les arrêter. Mon intention ici n’est pas de dispenser des leçons de morale ni de pointer mon doigt contre quiconque pour ses responsabilités dans ces évènements dramatiques. Je voudrais tout simplement essayer de partager avec les lecteurs la vision et les espoirs que je nourrissais sur l’occident en général et sur l’Europe en particulier avant de quitter le continent africain. Avant tout, je pense qu’il est de mon devoir de vous raconter brièvement la vie que je menais avant mon arrivée en Europe. Pour la majeure partie des gens qui me lisent, il sera peut-être difficile de croire que j’avais une vie tranquille, satisfaisante et sereine tant au niveau familial que à celui professionnel et économique. En effet, après avoir conclu mes études à l’Université Nationale du Rwanda ou j’ai obtenu mon diplôme en sciences comptables et de gestion, j’ai travaillé, d’abord, à l’Institut des Sciences Agronomiques du Rwanda comme comptable, ensuite à l’Union des Banques Populaires du Rwanda en qualité d’inspecteur
ou réviseur des comptes interne. Le salaire que je percevais était amplement suffisant pour pourvoir à mes besoins personnel et, en partie, à ceux de ma famille. En plus, j’avais des amis avec qui je partageais mes plaisirs et mes peines sans avoir peur d’être trahi ou mal compris. En bref, j’étais content. La vision que j’avais de l’occident m’a été, en partie, transmise par mes professeurs au cours de mes études chez les Salésiens d’abord et chez les Jésuites, ensuite. La lecture, le cinéma et bien sûr la musique ont contribué à consolider mon savoir et mon ouverture vers de nouveaux horizons. Et puis l’apport des collègues de travail occidentaux ainsi que celui des compatriotes qui sortaient des écoles et universités occidentales a été d’une valeur inestimable. Tout ceci s’est ajouté à l’éducation à la Foi et aux valeurs chrétiennes que j’ai reçu dès mon jeune âge. Il n’est donc pas surprenant que je croyais et continue à croire en des principes comme la Démocratie, la Justice et l’Egalité entre les hommes et que je porte un sentiment d’admiration et de respect vers les hommes et les peuples dont la vie s’inspire des susdites valeurs. Je dois noter, en passant, que ces mêmes valeurs ont longtemps constitué un des éléments justificatifs de l’œuvre civilisatrice de la colonisation. Ainsi, ma conviction, a priori naïve, que ces valeurs étaient profondément ancrées dans la vie des occidentaux en général et des européens en particulier, ne peut être jugée privée de fondement. A ce propos, je dois souligner que la majorité des coopérants techniques occidentaux présents sur le continent africain sont convaincus que les maux du continent noir trouvent leur justification dans la carence du système démocratique et dans l’inefficience de la justice. Selon les mêmes experts, ces maux sont à la base des inégalités sociales, des guerres à caractère tribal, du népotisme, des actes de violations des droits humains, etc. pratiqués par les dirigeants africains. En bref, ils justifieraient la situation actuelle de sous-développement du continent africain ; raison pour laquelle certaines puissances occidentales se sentent encore une fois appelées à s’investir corps et âme dans la mission de sauvetage de l’humanité à travers l’exportation de la démocratie. Même si, aux yeux de certains de vous (chers lecteurs), ma vision de l’occident comme un monde où règnerait la Démocratie, la Justice et l’Egalité peut être imputable à une information propagandiste, partielle et tendancieuse dont fait l’objet cette partie du monde, je dois vous confesser que je ne me suis jamais nourri d’illusions qu’elle puisse être une terre promise ou un paradis terrestre. En tant qu’observateur averti et pragmatique, j’avais une nette impression de débarquer dans un monde sûrement plus avancé que le mien où les prospectives d’une vie meilleure étaient plus élevées mais j’étais aussi convaincu de n’être pas au bout de la lutte pour la survie. leggi in italiano
